En mode ndébré....

Publié le par Yandeubou

Très cher blog, connais-tu le ndébré, la débrouillardise en camerounais ?

Connais-tu les ndébré man ?

Viens…viens, allons parcourir les rues de la poste centrale et l’avenue kennedy à yaoundé et tu verras le ndébré au jour le jour…

Le ndébré man c’est celui qui fait ce qu’il peut en attendant faire ce qu’il veut. C’est celui qui au quotidien se bat pour joindre les deux bouts par des petits boulots, c’est celui qui fait preuve d’une créativité incroyable,celui pour qui le système n’a rien prévu, bref c’est le débrouillard quoi !

 

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Toutes ces populations qui ne savaient rien faire d’autres que les petits métiers se retrouvèrent abandAprès les indépendances, lorsque le Cameroun nouvellement indépendant promettait monts et merveilles à son peuple, les populations sont parties de tous les coins du pays pour venir s’installer dans les grandes métropoles que sont Douala et Yaoundé. Attirés par les lumières des grands ministères et des grands centres commerciaux, bercés par l’illusion d’un pays prospère, ils étaient venus apportés leur pierre à l’édification de cette nouvelle nation. Seulement beaucoup n’étaient pas des « longs crayons » c’est-à-dire n’avaient pas fait de longues études, n’avaient ni Bac plus 4, ni probatoire, ni B.EP.C ni même C.EP.E, ils n’avaient que la ferme conviction que la nation avaient besoin de leur bras pour son édification. Très vite cette illusion s’est dissipée, car pour participer à la construction du Cameroun indépendant, il fallait être « gomna », il fallait savoir se servir du papier et du stylo, s’habiller en costume cravate matins et soirs, quand bien même il ferait 47 degrés à l’ombre, bref il fallait être fonctionnaire. Et onnés à elles mêmes. Mais comme impossible n’est pas camerounais, elles s’intégrèrent rapidement ! Les gomna entre deux dossiers à traiter avaient bien besoin d’une pause, personne n’aimant dépenser pour rien, ils n’auraient pas à aller dépenser leur salaire dans les restaurants huppés du Hilton, alors que « Mamie Makala » fait de la bouffe moins chère  et fait du service à domicile, c'est-à-dire dans les ministères. En plus le koki, l’okok ou le eru (différents plats camerounais) rappelaient l’arrière pays dont ils étaient tous originaires, même si leur nouveaux statut de longs crayons leur recommandaient d’éviter au maximum toute attitude de nature à rappeler leur origine. Donc Mamie Makala devint très vite le traiteur du ministère, la demande étant supérieur à l’offre, elle en parla à ses copines du quartier, qui s’investirent rapidement dans l’industrie. Quelques années après tous les ministères de Yaoundé étaient entourés par de petites gargotes où l’on pouvait manger moins chère, comme nul ne peut manger sans boire, Mamie makala demanda à son mari Papa Garoua de crée un bar. Comme personne ne voyait d’inconvénient à cela, l’activité prospéra et c’est ainsi que le ndébré se développa au fur et à mesure. Aujourd’hui, on estime à 70% le secteur informel dans l’activité économique camerounaise. Le gouvernement refléchît toujours à une politique pour faire rentrés tous les ndébrés man de Douala, Yaoundé, Bafoussam ou Nkongsamba dans l’économie formelle, c'est-à-dire celle où il peut prélever les impôts sur l’activité du citoyen. Mais le problème n’est pas aussi simple qu’il n’en a l’air, les débrouillards puisque le gouvernement n’avait rien prévu pour eux, ont crée un système qui échappe à tout contrôle. Comment prélever les impôts sur l’activité de mon ami Sobadjo, qui part de la Briqueterie (le quartier populaire musulman de Yaoundé) le matin passe par Mokolo pour rejoindre le centre ville autour de 11h, à 13h il continu son périple vers Mvog-bi et Nsam, à 15h il retourne vers son point de départ mais n’emprunte pas le même itinéraire parce qu’il est cordonnier ambulant et que les chaussures de ces clients du matin n’ont pas encore eu de nouveaux problèmes. Donc il passera par Mvolyé, Biyem-assi, Mini-ferme et enfin école de police pour arriver chez lui le soir avec une recette journalière de 2500 Fcfa (environ 3 euros). Comment contrôler une activité pareille ? Je vois déjà le cerveau de nos longs crayons éviter la question en évoquant un diner d’affaire !!!

Heureusement pour eux, les ndébrés man ne le demeurent pas à vie, rappelle-toi que le ndébré man fait ce qu’il peut en attendant de trouver mieux, et au bout d’un temps crée ce qu’il pense être mieux. Beaucoup d’industriels très célèbres au Cameroun aujourd’hui ont vécu en mode ndébré. En général, ça commence à la maison hein ! Si la maman est une amie ou une descendante de Mamie Makala alors le fils doit donner un coup de main en vendant les beignets dans le beignetariat de maman, ou en allant vendre la bouffe dans les ministères. Peu à peu, il acquiert l’expérience nécessaire, les techniques de markéting qui marchent. Ainsi, à 13 environ il est à même de gérer lui-même sa propre activité, volé de ses propres ailes. Alors maman en souvenir de toutes ses années, lui fait un prêt comme  « fond de commerce », 2 000, 3 000, ou 4 000 Fcfa pas plus. Le petit Tsémo commencera alors par une activité très simple, prenons les arachides par exemple ! C’est très basique, il va au marché Mokolo ou Mfoudi, très le tôt le matin, où il achète des arachides frais de 2 000 Fcfa, revient à la maison où il les nettoie et les fait bouillir. A 7h, il part de la maison avec son plateau bien rempli d’arachides sur la tête.

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En général, l’itinéraire est fonction des lieux et des heures d’affluence, le soir à 17h après avoir parcouru toutes les artères de la ville et même jouer avec son cousin Bello, qui exerce plutôt dans la vente de « kossam » (du lait caillé), il revient à la maison et fait son bilan de la journée. 3 200 Fcfa hors mis les 300 Fcfa dépensé pour sa pause de midi, en plus il reste un peu d’arachides, au final donc un bénéfice nette de 1 200 Fcfa. Après une semaine, il embourse les 3 000 Fcfa emprunté à sa mère. Après deux semaines, il s’en va voir son voisin e ami Kamga pour le convaincre de se lancer dans l’aventure. Au bout de deux mois, en plus de son activité à lui qui rapporte 1200 Fcfa au moins par jour, il a investi comme actionnaire dans celle de 4 copains du quartier qui lui rapporte 300 fcfa par jour. Après un an, il passe cap supérieur : une boutique où retrouve un peu de tout dans le quartier. Après six mois, il achète une moto qu’il confie comme moto-taxi à un jeune du coin, ça lui rapporte 4 000 Fcfa par jour. Après deux ans, il a une boutique qui ne cesse de grandir, deux motos et un taxi. Après ça peut aller dans tous les sens suivant les opportunités que Tsémo trouvera pour faire fructifier son argent. Toujours est il que des sociétés comme la UCB (union des brasseries du Cameroun) ou la CBC ( Cameroon bank corporation) appartiennent à des gens pour qui le systèmes ne prévoyait rien au départ. Des laisser pour compte qui aujourd’hui emploie des milliers de camerounais. Je parle du camerounais parceque c’est celui que je connais le mieux, mais c’est aussi un hommage rendu aux ndébrés man de Dakar, de lomé, d’Abidjan, ou de Marrakech, tous ces gens qui se battent au jour le jour pour joindre les deux bouts sabs rentrer dans aucun système !

YDS

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YVELOR 09/08/2010 19:28


Man super ton approche descriptive du crève la dalle de chez nous! Maïs, plantain prune, arachide,... voilà quelques mots scandé au quotidien chez nous par les ndébré. Mais bon "un jour un jour,
Fait koi fait koi, Tagne toi aussi tu sera kekun!" Courage les Ndébré, Aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre d'années!
On se serre les coudes man!


Yandeubou 07/08/2010 00:28


Effectivement dans le numero 3, on a intégré le concept dans la "chronique graphique". J'écris des textes sur des réalités quotidiennes décrites avec humour et un membre du Collecttif A3 les
illustre. Tu verras quand tu l'auras ton Bitchakala!!!


Darius MEKE 06/08/2010 09:18


Je pense même que ca peut entrer dans Bitchakala
comme page speciale


Darius MEKE 06/08/2010 08:25


Ça me plait ton concept...


Darius MEKE 05/08/2010 15:21


Je suis fortement impressione par ce que tu viens d'ecrire et je peux te dire que c'est une hyper lecon de vie que j'ai lu la.
Un coup de chapeau.


Yandeubou 06/08/2010 06:19



Merci Darius, c'est mon petit regard sur la débrouillardise, j'ai voulu le partager et voilà!!!